Matthias Bruggmann

A haunted world where it never shows

« D’un point de vue formel, mon précédent travail amenait le public dans une situation où il devait décider de la nature de l’œuvre même. Ce mécanisme pourrait ressembler, bien qu’on puisse le contester scientifiquement, à ce qui se produit en physique quantique lorsque l’observation change la nature de ce qui est observé. Mon travail sur la Syrie s’inspire de ce présupposé.

D’un point de vue documentaire, il s’agit, à ma connaissance et jusqu’à présent, de la seule œuvre de ce type réalisée à l’intérieur même de la Syrie par un seul photographe occidental, et ce en grande partie grâce à l’aide et aux travaux dévoués de certains des meilleurs experts indépendants sur le conflit. En raison de la nature de ce conflit, j’estime qu’il est nécessaire d’étendre le périmètre géographique de ce travail.

Il s’agit là essentiellement d’une tentative de créer un sentiment d’ambiguïté morale. Sa conception vise à mettre le public mal à l’aise en remettant en cause ses propres suppositions morales, et ainsi à essayer de susciter, chez un public occidental, une compréhension viscérale de la violence intangible qui sous-tend tout conflit. L’un des moyens utilisés consiste à pervertir les codes normalement employés dans la photographie documentaire pour accroître l’identification avec le sujet. Tout en se conformant parfaitement aux normes homologuées du documentaire, une partie du travail est destinée à amoindrir la confiance du public en ma propre fiabilité en tant que témoin et à forcer une réflexion plus poussée sur la nature de ce qui lui est présenté.»

Matthias Bruggmann, June 2017 © Catherine Leutenegger

Matthias Bruggmann, June 2017 © Catherine Leutenegger


« Le projet de Matthias Bruggmann nous a plongé dans toute la complexité des vies, sur le front, au sein de la crise en Syrie. Son travail est courageux, surprenant, convaincant, brut et parfois étrange. Les images du conflit syrien sont partout dans la presse mais Matthias travaille de telle façon que son approche, directe et complexe à la fois, nous donne des clés pour tenter de comprendre pourquoi la Syrie et le peuple syrien traversent aujourd’hui une situation aussi désespérée. »

- Andrew Sanigar, Commissioning Editor, Thames & Hudson, London

« Le projet de Matthias Bruggmann se distingue par son sujet, son approche et son ambition. Son projet sur les conflits en Syrie tente de submerger l’approche traditionnelle du photojournalisme et de la photographie de guerre et de poser des questions sur la nature compliquée de la photographie en présentant la réalité et la relation en constant changement entre le spectateur et les images. D’autre part, il nous pousse à réfléchir aux problèmes qui préoccupent le monde d’aujourd’hui : les conflits, les frontières et l’humanité.»

– Mimi Chun, Founder and Director, Blindspot Gallery, Hong Kong, membre du Jury


Prochaines étapes

Matthias Bruggmann reçoit CHF80’000. Cette somme est attribuée pour moitié à la production de son projet et pour moitié à la publication du livre de ce projet. Il doit mener son travail à terme en une année, au cours de laquelle il sera suivi et conseillé par le Musée de l’Elysée. La publication de son livre est prévue au Musée de l’Elysée, à Lausanne, en 2018.

Bio

1978, Suisse, né à Aix-en-Provence, France

Photographe suisse né à Aix-en-Provence en 1978, Matthias Bruggmann vit et travaille sur son ordinateur portable. Il est diplômé de l’Ecole de photographie de Vevey. Son travail, qui respecte les normes arbitraires du photojournalisme, tend à la déconstruction des normes de représentation dans la photographie du réel par la représentation de situations et d’endroits compliqués.

Il a notamment travaillé sur et en Egypte, Haïti, Irak, Somalie, Syrie et Libye. Il a fait partie de l’équipe de commissariat de Tous photographes ! pour le Musée de l’Elysée, et est l’un des cofondateurs de l’espace d’art contemporain Standard/Deluxe à Lausanne.

Ses travaux font partie des collections publiques du Frac Midi-Pyrénées, du Musée de l’Elysée et de diverses collections privées.

www.boring.ch


Expositions

  • 2015 Dévider le réel, Les Abattoirs – Frac Midi-Pyrénées, Toulouse
  • 2012 Œuvres insoumises, Galerie Polaris, Paris
  • 2008 Jamais le même fleuve/Œuvres des collections de Michèle et Michel Auer, Isabelle Darrigrand, Freddy Danaës, Maison d’art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne, France
  • 2005 reGeneration : 50 photographes de demain,Musée de l’Elysée, Lausanne

Publications

  • Time Magazine
  • National Geographic
  • The Sunday Times
  • Le Monde