Gregory Halpern

1977, né à Buffalo, New York
Nominé·e - Prix Elysée 2018-2020

Gregory Halpern est diplômé de l’Université d’Harvard (licence) et du College of the Arts de Californie (master). Il enseigne la photographie à l’Institut de technologie de Rochester.

Ses œuvres ont été exposées à l’international et il a publié trois livres de photographies, intitulés ZZYZX (Mack, 2016), A (J&L Books, 2011) et Harvard Works Because We Do (Quantuck Lane, 2004). Il a également publié East of the Sun, West of the Moon (Etudes, 2014) en collaboration avec Ahndraya Parlato, et a été l’un des éditeurs, avec Jason Fulford, de The Photographer’s Playbook: Over 250 Assignments and Ideas (Aperture, 2014). Son livre ZZYZX a été lauréat du Prix du livre de l’année 2016 de Paris Photo et Aperture Foundation. En 2014, il a reçu une bourse de création du Guggenheim.

Site Internet

Projet

Omaha Sketchbook

Depuis l’élection de Donald Trump, la relation de Gregory Halpern à l’hyper masculinité dans son pays est devenue de plus en plus pesante. Après un premier album réalisé en 2009, il est prêt à retourner à Omaha (Nebraska) pour photographier la manière dont les garçons apprennent à devenir des hommes. Omaha Sketchbook est non seulement une étude du lieu mais aussi une réflexion sur le pouvoir et la violence, une méditation sur le sentiment d’inadéquation, le malaise et la peur vécus par quelqu’un qui n’a pas été élevé pour adorer la virilité.

“Alors que les premiers résultats de l’élection présidentielle américaine de novembre dernier nous parvenaient, ma femme commença à accoucher de notre deuxième fille. Je me suis toujours senti mal à l’aise vis à vis de l’unique modèle d’hyper masculinité de l’Amérique, mais depuis ce soir-là, ce malaise est devenu de plus en plus pesant.

Ces photographies ont été prises à Omaha dans le Nebraska, une ville où se trouve la plus grande base aérienne militaire des Etats-Unis. La présence de cette base semble se propager dans la ville, et la chasse, le foot et le rodéo y sont des activités populaires, comme les Boy Scouts et le ROTC (Corps d’entrainement des officiers de réserve).

Quand je prends des photos, je m’autorise à aller où bon me semble, selon ce qui m’attire visuellement. Mais mes pensées nourrissent mon inconscient, et alors que je travaillais sur Omaha Sketchbook, ma vision était de plus en plus affectée par une préoccupation grandissante, à savoir comment le cœur de ce pays – au sens traditionnellement masculin, presque arien, du terme – apprenait à ses garçons à devenir des hommes.

Au lycée, j’étais le seul juif et mon père me donnait l’exemple d’une forme de virilité modérée, intellectuelle. Un grand nombre de mes ancêtres ont été tués dans les camps de concentration et comme de nombreux garçons juifs dont c’est là l’héritage, je possédais une idée de ma propre virilité compliquée, dégradée, affaiblie par mes insécurités, une tendance à m’identifier aux victimes et un triste penchant inné au traumatisme. J’étais jaloux des garçons qui m’entouraient, attiré par la façon dont ils affichaient une virilité confiante et sans faille. J’étais aussi dégoûté et effrayé par celle-ci.

Omaha Sketchbook est une étude d’un lieu, une méditation autour du sentiment d’inadéquation et une réflexion du pouvoir américain et de la violence.”